Heures non payées : comment tenir un registre d'heures qui tient la route
Vous avez le sentiment qu'on ne vous paie pas tout ce que vous travaillez. Dix minutes avant l'ouverture, une fermeture qui déborde, des heures supplémentaires payées au taux normal, une partie de la paie remise en argent comptant sans talon. La question qui revient toujours est la même : est-ce que ça vaut la peine, et surtout, comment prouver ce que j'ai vraiment fait ? Ce guide explique ce que la loi québécoise considère comme du temps de travail, les délais qui courent contre vous, ce qui compte comme preuve, et comment tenir un registre d'heures crédible. Il donne de l'information générale : il ne remplace pas l'avis d'une avocate ou d'un avocat, et il ne vous dit pas quoi faire — cette décision vous appartient.
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Qu'est-ce qu'une « heure travaillée » aux yeux de la loi ?
La plupart des heures se perdent sans vol spectaculaire. Elles se perdent en petits morceaux : arriver avant l'ouverture pour préparer, rester après la fermeture pour le ménage, une réunion d'équipe obligatoire, un déplacement entre deux succursales dans la même journée. La Loi sur les normes du travail (LNT) règle cette question à son article 57 : une personne salariée est réputée au travail dans quatre situations.
- quand elle est à la disposition de son employeur sur les lieux du travail et qu'elle est obligée d'attendre qu'on lui donne du travail ;
- pendant les pauses accordées par l'employeur ;
- durant un déplacement exigé par l'employeur ;
- durant toute période d'essai ou de formation exigée par l'employeur.
La CNESST est explicite sur le cas le plus courant : si l'employeur demande d'arriver 10 ou 15 minutes avant le quart prévu à l'horaire, ou de rester après, ce temps doit être rémunéré. Ce n'est pas un service rendu, c'est du travail.
Les pauses ne sont pas obligatoires, mais si l'employeur en accorde, il doit les payer et les inclure dans le calcul des heures travaillées. La pause-repas, elle, obéit à une autre règle : après 5 heures consécutives de travail, une période de repas de 30 minutes non payée doit être accordée — mais si la personne doit rester à son poste (seule dans une boutique, disponible au cas où un client entre), cette période doit lui être payée. La loi prévoit aussi une période de repos hebdomadaire d'au moins 32 heures consécutives.
Un dernier cas, très fréquent en restauration et en commerce : l'indemnité de présence de 3 heures. Une personne qui se présente au travail selon son horaire habituel et dont l'employeur écourte le quart a droit à une indemnité équivalant à 3 heures de salaire — et cette indemnité doit inclure les pourboires estimés qu'elle aurait reçus pendant cette période. Être renvoyée chez soi après 45 minutes parce qu'il n'y a personne ne veut pas dire être payée 45 minutes.
Heures supplémentaires : à partir de quand, et à quel taux ?
La semaine normale de travail est de 40 heures pour la majorité des travailleuses et travailleurs. Au-delà de 40 heures dans une même semaine, une personne fait des heures supplémentaires — même si la semaine normale est plus courte dans son milieu de travail. Le calcul se fait sur la semaine, pas sur la journée : douze heures un mardi ne sont pas automatiquement des heures supplémentaires si la semaine totalise moins de 40 heures.
Les heures supplémentaires se paient à taux et demi, c'est-à-dire le taux horaire habituel multiplié par 1,5. L'exemple de la CNESST : une personne payée 20 $ l'heure qui travaille 45 heures reçoit 800 $ de salaire régulier (20 $ × 40 h) plus 150 $ (5 h × 30 $), soit 950 $. Au salaire minimum général de 16,60 $ l'heure, l'heure supplémentaire vaut 24,90 $.
Attention à deux détails qui changent les montants. Les primes qui s'ajoutent au taux horaire, comme les primes de soir ou de nuit, ne sont pas comptées dans le calcul des heures supplémentaires. Et les heures supplémentaires peuvent être remplacées par un congé payé équivalent majoré de 50 % — mais seulement à la demande de la personne salariée, ou dans les cas prévus par une convention collective ou un décret. Ce congé doit être pris dans les 12 mois, sinon les heures doivent être payées.
Certaines catégories ne bénéficient pas de la majoration ou ont des règles particulières : notamment les travailleuses et travailleurs agricoles, les cadres, les gardiennes et gardiens de personnes, ou certains emplois des secteurs forestier et de la pêche. Si vous êtes dans une de ces situations, vérifiez votre cas précis auprès de la CNESST avant de calculer quoi que ce soit.
Enfin, faire des heures supplémentaires n'est pas toujours obligatoire. Selon la CNESST, une personne peut refuser de travailler, une journée donnée, si on lui demande de travailler plus de 2 heures au-delà de ses heures habituelles ou plus de 14 heures par période de 24 heures ; plus de 12 heures par période de 24 heures si ses heures quotidiennes sont variables ou non continues ; ou si son employeur ne l'a pas informée de son horaire 5 jours à l'avance (avec des exceptions).
Payé comptant, payé au pourboire : vos droits ne changent pas
Être payé en argent comptant n'est pas illégal en soi : la loi permet le paiement en espèces ou par chèque. Ce qui compte, c'est le reste. Le salaire doit être versé à intervalles réguliers ne dépassant pas 16 jours (l'employeur peut payer une fois par mois une personne cadre), et un bulletin de paye doit être remis à chaque paie. C'est souvent là que le problème commence : le comptant sans talon ne laisse aucune trace du nombre d'heures reconnu.
Depuis le 1er mai 2026, le taux général du salaire minimum au Québec est de 16,60 $ l'heure et le taux des personnes salariées au pourboire est de 13,30 $ l'heure. Le pourboire appartient à la personne qui a rendu le service : l'employeur doit verser le salaire minimum sans tenir compte des pourboires, et il ne peut pas imposer une convention de partage des pourboires.
Le mode de paiement ne retire aucun droit. Une personne salariée reste couverte par la LNT, et la CNESST peut réclamer à l'employeur les montants impayés : le salaire, les heures supplémentaires, l'indemnité de vacances, l'indemnité de jours fériés et l'indemnité de fin d'emploi.
Une précision utile, parce que la question vient toujours : les questions fiscales sont un dossier distinct. La CNESST n'est pas habilitée à réclamer le T4 ou le Relevé 1 au nom d'une travailleuse ou d'un travailleur ; ces questions relèvent de Revenu Québec et de l'Agence du revenu du Canada. Si votre situation comporte une part de revenus non déclarés, c'est un point à aborder avec une avocate ou un avocat avant d'entreprendre quoi que ce soit.
Ce que votre employeur est obligé d'écrire — et de garder
Vous n'êtes pas la seule source de traces. L'employeur a lui aussi des obligations écrites, et elles jouent en votre faveur. À chaque paie, il doit remettre un bulletin de paye permettant de vérifier le calcul du salaire et des déductions. Selon la CNESST, il doit contenir notamment :
- le nom de l'employeur et le nom du travailleur ;
- le titre de l'emploi ;
- la période de travail qui correspond au paiement, et la date du paiement ;
- le nombre d'heures payées au taux normal ;
- le nombre d'heures supplémentaires payées ou remplacées par un congé, avec le taux qui s'applique ;
- la nature et le montant des primes, indemnités, allocations ou commissions versées ;
- le taux du salaire et le montant du salaire brut ;
- la nature et le montant des déductions perçues, et le montant du salaire net ;
- le montant des pourboires déclarés par le travailleur ou attribués par l'employeur.
L'employeur doit aussi tenir un système d'enregistrement ou un registre (article 29 de la LNT et son règlement d'application). Ce registre indique, pour chaque personne salariée, ses nom, prénom, résidence et numéro d'assurance sociale, l'identification de l'emploi et la date d'entrée en service, puis, pour chaque période de paie, notamment le nombre d'heures de travail par jour et le montant du salaire brut. Ce registre doit être conservé pendant trois ans.
Ça change beaucoup de choses. Pendant une enquête, la personne mandatée par la CNESST peut visiter les lieux de travail à une heure raisonnable et en faire l'inspection, exiger des informations et des documents, et communiquer avec toute personne pouvant fournir ou valider des informations. Un employeur qui refuse de fournir un renseignement ou un document que la Commission a le droit d'obtenir, ou qui contrevient à la loi, s'expose à une amende de 600 $ à 1 200 $, et de 1 200 $ à 6 000 $ en cas de récidive.
D'ici là, la règle pratique est simple : gardez chaque bulletin de paye, même froissé, même illisible, et photographiez l'horaire affiché chaque semaine. Ces deux gestes, à eux seuls, transforment un dossier.
Le vrai compte à rebours : les délais
C'est le point qui fait perdre le plus de dossiers, et personne ne le dit assez tôt. Pour déposer une plainte liée au salaire à la CNESST, une travailleuse ou un travailleur a un an à partir du moment où les montants sont dus. Et ce délai court par échéance, donc paie par paie : chaque semaine qui passe fait disparaître la semaine la plus ancienne de votre réclamation. Attendre la fin de l'emploi pour réagir coûte des mois de salaire.
Il existe un autre régime. Une personne qui poursuit elle-même devant les tribunaux civils, sur la base de son contrat de travail, invoque la prescription générale de trois ans prévue à l'article 2925 du Code civil du Québec pour une action personnelle. Les tribunaux ont déjà jugé qu'avoir déposé une plainte en vertu de la LNT n'empêche pas de faire valoir ses droits selon le droit commun (Nicolescu c. TSI System Group inc., 2012 QCCQ 3217). Quel délai s'applique à quel montant peut toutefois être débattu : c'est exactement le genre de question à poser à une avocate ou un avocat.
Deux délais beaucoup plus courts existent, et ils surprennent. Dans la construction assujettie à la loi R-20, la plainte de salaire doit être reçue à la Commission de la construction du Québec, avec les documents exigés, au plus tard 60 jours après l'échéance du salaire pour conserver le droit à une indemnité du fonds d'indemnisation. Et si vous êtes congédié ou sanctionné parce que vous avez exercé un droit, la plainte pour pratique interdite doit être déposée dans les 45 jours suivant le congédiement ou la sanction (90 jours dans le cas d'une mise à la retraite forcée).
Un dernier délai, une fois la démarche commencée : si la CNESST considère qu'elle ne peut pas donner suite à votre plainte, vous avez 30 jours pour demander une révision de la décision, et la CNESST a 30 jours pour y répondre.
Ce qu'il faut rassembler comme preuve
La CNESST publie elle-même la liste des documents qui appuient une plainte liée au salaire. Pour du salaire et des heures supplémentaires impayés, elle demande :
- les bulletins de paye et/ou les relevés bancaires couvrant la période réclamée ;
- le détail des jours et des heures travaillées ;
- le contrat de travail ;
- les échanges avec l'employeur en rapport avec les faits (courriels, textos, réseaux sociaux) ;
- pour les pourboires : la convention de partage, le détail des pourboires gagnés et non payés, tout registre ou déclaration de pourboires ;
- en cas de faillite de l'employeur : le relevé d'emploi, les feuillets T4 ou Relevé 1, le carnet d'heures et le détail des montants réclamés, la preuve de réclamation déposée chez le syndic.
À cette liste officielle s'ajoutent les traces qu'on oublie presque toujours, et qui sont souvent les plus convaincantes parce qu'elles ne viennent pas de vous :
- une photo de l'horaire affiché, prise chaque semaine ;
- les captures d'écran de l'application de pointage, de gestion d'horaire ou du groupe de messagerie ;
- les textos et messages de groupe du type « peux-tu rentrer à 6 h demain » ou « reste 30 minutes de plus » ;
- les reçus de stationnement, d'essence ou de transport aux dates concernées ;
- l'historique de localisation de votre téléphone, s'il est activé ;
- les noms et coordonnées des collègues qui faisaient les mêmes quarts ;
- les enveloppes, notes ou dépôts bancaires correspondant aux sommes reçues en comptant.
Vous n'aurez probablement pas tout. Un dossier est rarement complet, et ce n'est pas ce qu'on attend. Ce qui compte, c'est la cohérence de l'ensemble : que les heures notées, les dépôts bancaires, les messages et les horaires racontent la même histoire.
Tenir un registre d'heures qui tient la route
C'est la personne qui réclame une somme qui doit convaincre la CNESST ou le tribunal. Or, un carnet rempli d'un coup, six mois plus tard, avec la même encre et des chiffres ronds, ne convainc pas de la même façon qu'un carnet rempli jour après jour. Quatre qualités rendent un registre solide : il est contemporain (écrit le jour même), précis, complet et non retouché.
Concrètement, voici ce qui devrait apparaître pour chaque journée travaillée :
- la date et le jour de la semaine ;
- l'heure d'arrivée réelle — pas celle de l'horaire — et ce que vous faisiez en arrivant ;
- l'heure de départ réelle ;
- les pauses prises, et celles qui n'ont pas été prises, avec la raison ;
- le lieu (établissement, succursale, chantier) et les déplacements demandés dans la journée ;
- les tâches principales, en une ligne ;
- qui était présent : un collègue, une gérante — un témoin se retrouve beaucoup mieux si son nom a été noté le jour même ;
- ce que vous avez reçu comme paie pour cette période, et l'écart constaté ;
- une photo de l'horaire affiché, s'il y en a un.
La méthode compte autant que le contenu. Notez avant de quitter les lieux, ou dans l'heure qui suit. Gardez le même format tous les jours. Ne réécrivez jamais le passé en silence : si vous corrigez une erreur, ajoutez la correction et sa date au lieu d'effacer, et conservez l'original même après l'avoir recopié au propre. Un document qu'on a manifestement retouché perd sa valeur d'un coup.
Notez aussi les journées où vous n'avez pas travaillé, et celles où tout a été payé correctement. Un registre qui ne contient que des problèmes ressemble à un document construit pour la réclamation ; un registre complet ressemble à un registre. Et tenez-le en dehors des outils de l'employeur : votre carnet, votre téléphone, votre compte. Un fichier laissé sur l'ordinateur du commerce ou dans une adresse courriel de travail peut devenir inaccessible du jour au lendemain.
Si vous commencez aujourd'hui pour des mois déjà passés, ne faites pas semblant d'avoir noté au fur et à mesure. Reconstituez semaine par semaine, et rattachez à chaque semaine reconstituée la trace qui la soutient : un texto, un dépôt bancaire, une photo d'horaire, un reçu. Indiquez clairement ce qui est une reconstitution et ce qui a été noté sur le moment. Mélanger les deux sans le dire est ce qui fragilise le plus un dossier — et le dire ne vous enlève rien.
Calculer ce qui pourrait vous être dû
Le calcul se fait semaine par semaine, parce que les heures supplémentaires se calculent sur la semaine. Faire un seul gros total « il me doit environ 4 000 $ » ne se vérifie pas et ne se défend pas.
- reconstituez, pour chaque semaine, le total des heures réellement travaillées ;
- notez le total des heures payées selon le bulletin de paye (taux normal et heures supplémentaires) ;
- faites la différence : c'est l'écart de la semaine ;
- séparez cet écart : les heures jusqu'à 40 se paient au taux normal, celles au-delà de 40 se paient à taux et demi ;
- additionnez ensuite les semaines, période de paie par période de paie, en gardant les dates — c'est ce qui permet de vérifier, pour chaque échéance, où en est le délai d'un an.
Un exemple au salaire minimum général de 16,60 $ l'heure : une semaine de 46 heures réellement travaillées, dont 40 payées. Il manque 6 heures, toutes au-delà de 40, donc à 24,90 $ chacune — 149,40 $ pour cette seule semaine. Sur trente semaines, le montant cesse d'être symbolique.
Des heures non payées ont aussi un effet sur d'autres sommes calculées à partir du salaire gagné. La CNESST peut réclamer, en plus du salaire et des heures supplémentaires, l'indemnité de vacances, l'indemnité de jours fériés et l'indemnité de fin d'emploi. Elle met également à disposition un outil, monCalcul, qui aide à établir certains de ces montants.
Une mise en garde, et elle est importante : ne gonflez rien. Un total exagéré qui s'écroule sur un seul point vérifiable — une journée où vous n'étiez pas là, un quart que les caméras ou l'horaire contredisent — abîme la crédibilité de tout le reste du registre, y compris des heures qui étaient bien réelles.
Les recours qui existent
Plusieurs voies existent. Elles n'ont ni les mêmes délais, ni les mêmes conditions, ni les mêmes conséquences. Voici ce qu'elles sont ; le choix, lui, vous appartient.
1. La plainte liée au salaire à la CNESST. Elle se dépose en ligne ou par téléphone au 1 844 838-0808, dans le délai d'un an. Le parcours est balisé : la CNESST vérifie d'abord la recevabilité, tente de régler la mésentente avec l'employeur, puis enquête. Si l'enquête démontre que la plainte est fondée et qu'aucune entente n'est possible, la CNESST envoie une réclamation à l'employeur, qui a 10 jours pour payer. À défaut, le dossier passe aux affaires juridiques : un avocat de la CNESST transmet une mise en demeure, l'employeur a 20 jours, puis une poursuite judiciaire peut être entreprise pour votre compte devant la Cour du Québec ou la Cour supérieure selon les montants. Vous n'avez aucuns frais à payer lorsque vous êtes représenté par un avocat de la CNESST.
2. Les petites créances. Vous poursuivez vous-même, pour une réclamation d'au plus 15 000 $. La représentation par avocat est généralement exclue à l'audience (un avocat peut vous aider à préparer le dossier, mais pas plaider pour vous). Selon Éducaloi, les frais de dépôt vont d'environ 100 $ à 300 $ selon le montant réclamé, le délai entre le dépôt et l'audience est de 6 à 15 mois selon les districts, une médiation est offerte, et la prescription usuelle est de trois ans. Retenez aussi qu'obtenir un jugement n'est pas être payé : il reste ensuite à l'exécuter.
3. La construction. Si vos travaux sont assujettis à la loi R-20, la plainte de salaire se dépose à la Commission de la construction du Québec, avec le délai de 60 jours mentionné plus haut pour le fonds d'indemnisation.
4. Si vous êtes syndiqué ou couvert par un décret. Le recours passe généralement par la procédure de grief. La CNESST vérifie d'ailleurs, avant de traiter une plainte, que la personne n'a pas d'autre recours prévu par une convention collective ou une autre loi.
5. Si l'employeur fait faillite. Le Programme de protection des salariés, fédéral, indemnise les salaires, vacances, indemnités de départ et de cessation d'emploi impayés lorsque l'employeur fait faillite ou est mis sous séquestre. Le paiement unique peut atteindre l'équivalent de 7 fois le maximum de la rémunération assurable hebdomadaire de l'assurance-emploi, soit 9 275 $ en 2026, pour la période d'admissibilité de 6 mois précédant la faillite.
Ces voies ne s'excluent pas toujours, mais elles ne mènent pas au même endroit. Personne ne peut vous dire ici laquelle convient à votre situation : cela dépend de faits que ce guide ne connaît pas. C'est précisément la question à poser à une avocate, un avocat, ou une ressource d'aide juridique avant de vous engager.
Si vous avez peur des représailles
C'est la raison numéro un pour laquelle les gens ne portent pas plainte : la peur de perdre l'emploi, les heures, le climat de travail. La loi prévoit quelque chose à ce sujet. Une pratique interdite, c'est lorsqu'une travailleuse ou un travailleur est congédié, suspendu, déplacé, ou se voit imposer une autre sanction parce qu'il a exercé un droit prévu par la loi — et la CNESST nomme explicitement la réclamation de salaire parmi ces droits.
Le mécanisme est important à comprendre : si une personne est congédiée ou sanctionnée pour un motif interdit par la LNT, ce sera à l'employeur de prouver qu'il n'a pas agi pour cette raison. La plainte doit toutefois être déposée dans les 45 jours suivant le congédiement ou la sanction (90 jours pour une mise à la retraite forcée). Ce délai est court, et il ne se rattrape pas.
Sur la confidentialité : la CNESST ne doit pas dévoiler le nom d'une personne salariée concernée par une plainte pécuniaire, à moins qu'elle y consente (article 103 de la LNT). Ça ne rend pas un petit milieu de travail anonyme pour autant — soyez lucide là-dessus.
Ce que la loi ne fait pas, c'est rendre l'ambiance agréable. Si vous craignez des représailles, la seule chose qui vous protège concrètement est de documenter aussi ce qui se passe après : les dates, les quarts retirés, les remarques, les avertissements écrits, les changements d'horaire. Une chronologie datée est ce qui permet, plus tard, de montrer un lien entre votre démarche et ce qui a suivi.
Les erreurs fréquentes
Ce sont presque toujours les mêmes, et elles coûtent cher :
- Attendre la fin de l'emploi. Le délai d'un an court par échéance : chaque mois d'attente efface un mois de réclamation.
- Arrondir ou gonfler. Un registre exagéré se retourne contre celui qui l'a écrit dès qu'un seul point est contredit.
- Jeter les bulletins de paye, ou changer de téléphone sans sauvegarder les textos et les captures d'écran.
- Ne noter que les heures supplémentaires et pas les heures normales : on ne peut plus vérifier le total de la semaine, donc plus rien ne se calcule.
- Recopier son carnet au propre et détruire l'original. Vous venez de remplacer une preuve contemporaine par un document réécrit.
- Accepter un arrangement verbal (« on te rattrapera la semaine prochaine ») sans en garder de trace écrite, ne serait-ce qu'un texto de confirmation.
- Croire qu'être payé comptant enlève les droits. La LNT s'applique quand même.
- Confondre ce qui est vrai et ce qui est prouvable. Les deux comptent, mais seul le second se plaide.
- Oublier les heures qui ne ressemblent pas à du travail : formation exigée, réunion, déplacement demandé, attente à la disposition de l'employeur.
- Laisser passer les 45 jours de la plainte pour pratique interdite après un congédiement ou une sanction.
Où obtenir un vrai avis — et ce que ce guide n'est pas
Ce texte est de l'information juridique générale. Ce n'est pas un avis juridique, et ce n'en sera jamais un. Personne ne peut vous dire ici si votre dossier vaut la peine d'être poussé, ni ce qu'un tribunal en ferait : cela dépend de faits que nous ne connaissons pas et de la preuve que vous avez réellement en main. Un avis, ça se donne par une personne qui a lu votre dossier.
- La CNESST, au 1 844 838-0808, pour toute question sur les normes du travail et sur le dépôt d'une plainte.
- Une avocate ou un avocat en droit du travail — le Barreau du Québec offre un service de référence.
- L'aide juridique, si votre revenu vous rend admissible.
- Les centres de justice de proximité, qui donnent de l'information juridique gratuite, sans rendez-vous ni adhésion.
- Au bas de l'échelle (514 270-7878), organisme sans but lucratif qui défend les personnes salariées non syndiquées.
- La Commission de la construction du Québec, si vos travaux sont assujettis à la loi R-20.
- Votre syndicat, si vous êtes couvert par une convention collective.
Les taux, montants et délais cités ici ont été vérifiés auprès des sources officielles à la date indiquée en haut de page. Le salaire minimum est révisé chaque 1er mai et les seuils changent : vérifiez toujours le chiffre à jour sur le site de la CNESST avant de faire un calcul qui compte.
Une dernière chose. Si vous lisez ceci un soir, après un quart de dix heures, en vous demandant si ça vaut le trouble : la seule action qui ne se perd jamais, c'est de noter ce qui s'est passé aujourd'hui, pendant que vous vous en souvenez. La décision de faire quelque chose, elle, peut attendre demain.
Documenter vos heures, gratuitement. Preuve en main sert exactement à ça : un journal daté où vous inscrivez, chaque soir, l'heure d'arrivée réelle, l'heure de départ, les pauses prises ou non, le lieu et qui était présent — chaque entrée horodatée au moment où vous l'écrivez, ce qui distingue un registre tenu au jour le jour d'un carnet reconstitué. Un coffre à preuves pour vos bulletins de paye, vos photos d'horaire, vos captures de textos et vos relevés bancaires, chaque pièce recevant une empreinte numérique qui montre qu'elle n'a pas été modifiée depuis son dépôt. Une chronologie semaine par semaine, qui rend visible l'écart entre heures travaillées et heures payées. Et un rapport que vous pouvez remettre à la CNESST, à un avocat ou déposer au tribunal. Vos données restent sur votre appareil. Documenter est gratuit pour toujours, jusqu'à 3 dossiers. Ouvrir l'application
Sources officielles (consultées le 30 juillet 2026)
Chaque affirmation de ce guide s'appuie sur une source officielle. Comment nous vérifions et corrigeons.
- CNESST — Plainte liée au salaire (délai d'un an, documents à fournir, étapes du traitement)
- CNESST — Temps travaillé, pauses et indemnité de présence de 3 heures
- CNESST — Heures supplémentaires (semaine de 40 h, taux et demi, exemple de calcul)
- CNESST — Droit de refuser de faire des heures supplémentaires
- CNESST — Bulletin de paye (mentions obligatoires)
- CNESST — Pourboire et convention de partage
- CNESST — Plainte pour pratique interdite (délai de 45 jours, fardeau de l'employeur)
- Gouvernement du Québec — Le taux général du salaire minimum passera à 16,60 $ l'heure le 1er mai 2026
- Légis Québec — Loi sur les normes du travail (RLRQ, c. N-1.1)
- Légis Québec — Règlement sur la tenue d'un système d'enregistrement ou d'un registre (N-1.1, r. 6)
- Légis Québec — Code civil du Québec, article 2925 (prescription de trois ans)
- CNESST — Guide Interprétation et jurisprudence, article 115 LNT (prescription d'un an)
- CanLII — Nicolescu c. TSI System Group inc., 2012 QCCQ 3217
- Gouvernement du Québec — Petites créances
- Éducaloi — Petites créances : 10 questions à se poser avant de faire une demande
- Éducaloi — Les heures supplémentaires
- Éducaloi — Les normes du travail au Québec
- Commission de la construction du Québec — Perte de salaire (plainte de salaire, délai de 60 jours)
- Gouvernement du Canada — Programme de protection des salariés
- Au bas de l'échelle — Plaintes à la CNESST
Ce guide est une information juridique générale sur le droit québécois, pas un avis sur votre situation. Les règles et les montants changent : vérifiez toujours à la source officielle. Pour une question précise, un avocat, l'aide juridique ou un centre de justice de proximité restent les références.