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Preuve en main

Recueil › Petites créances

Les petites créances au Québec, l'essentiel

Vérifié le 30 juillet 2026 Version 1.0 Information générale, pas un avis juridique

L'essentiel

  • La Division des petites créances de la Cour du Québec entend les réclamations de 15 000 $ et moins.
  • On s'y représente soi-même : les avocats n'y plaident pas pour les parties.
  • Une mise en demeure écrite, envoyée avec preuve de réception, précède normalement la demande.
  • Le délai général de prescription civile au Québec est de 3 ans à compter de la connaissance du préjudice (art. 2925 C.c.Q.).

La Division des petites créances de la Cour du Québec est le tribunal conçu pour les litiges d'argent du quotidien : une facture impayée, un dépôt qu'on refuse de vous rendre, des travaux mal faits, un bien vendu défectueux. Elle a été pensée pour que les gens ordinaires puissent régler ces différends eux-mêmes, sans avocat, à faible coût. Ce guide fait le tour complet du parcours — de la première lettre jusqu'au moment le plus important et le plus souvent oublié : se faire réellement payer. C'est de l'information juridique générale, pas un avis sur votre dossier.

Monter votre dossier, gratuitement. Contrat, factures, mise en demeure et preuve d'envoi, échanges : rassemblez tout, chaque pièce datée et cotée, et sortez un dossier que le juge peut suivre du premier au dernier document.

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Qu'est-ce que la Division des petites créances ?

C'est une division particulière de la Cour du Québec réservée aux réclamations d'argent de faible valeur. Sa philosophie est simple : réduire les formalités, écarter les avocats, faire baisser les coûts et permettre à deux personnes de venir raconter leur histoire à un juge dans un langage ordinaire. Le greffier de la Cour est là pour aider les parties tout au long des étapes.

On y règle surtout des litiges contractuels (un contrat non respecté) ou de responsabilité (un dommage qu'on vous a causé) : loyers commerciaux, prêts entre particuliers, achats, réparations, services professionnels, dommages matériels. Ce n'est pas un tribunal « au rabais » : le jugement rendu est un vrai jugement, exécutoire comme n'importe quel autre.

Qui peut y aller, et pour combien ?

Le plafond est de 15 000 $, sans compter les intérêts (article 536 du Code de procédure civile). Si votre créance dépasse ce montant, vous avez deux choix : porter le dossier devant la chambre civile ordinaire de la Cour du Québec (avec la possibilité d'un avocat), ou renoncer volontairement à l'excédent pour rester sous la barre des 15 000 $ et bénéficier de la simplicité des petites créances. On ne peut pas « couper » une même créance en plusieurs petites demandes pour contourner le plafond.

Peuvent poursuivre :

  • les personnes physiques (les particuliers), qui agissent en leur propre nom ;
  • les petites entreprises et personnes morales, mais seulement si, pendant toute la période de 12 mois précédant la demande, elles comptaient au plus 10 personnes liées par un contrat de travail. Une grande entreprise ne peut pas utiliser les petites créances.

Certains litiges sont exclus des petites créances même sous 15 000 $ :

  • les litiges de bail de logement (loyer résidentiel), qui relèvent du Tribunal administratif du logement (TAL) ;
  • les questions de pension alimentaire, qui relèvent de la Cour supérieure ;
  • les créances que quelqu'un a achetées d'un tiers (agences de recouvrement, notamment).

Pas d'avocat : c'est la règle, pas un échec

Aux petites créances, la représentation par avocat est généralement interdite à l'audience. Vous vous représentez vous-même. Ce n'est pas un signe que votre cause est faible ou que vous êtes désavantagé : c'est précisément le choix du législateur pour mettre les deux parties sur un pied d'égalité et éviter que celui qui a les moyens de payer un avocat écrase l'autre.

Vous pouvez consulter un avocat ou un notaire en amont — pour préparer votre dossier, évaluer vos chances, rédiger votre mise en demeure — mais il ne plaidera pas pour vous à l'audience. Une personne morale se fait représenter par un de ses dirigeants ou un employé, pas par un avocat externe.

Avant tout : la mise en demeure

La mise en demeure est une lettre par laquelle vous réclamez formellement à l'autre partie de vous payer ou d'agir, en lui donnant un délai raisonnable (souvent une dizaine de jours). C'est une étape presque incontournable : elle prouve que vous avez tenté de régler avant de judiciariser, elle fixe le point de départ des intérêts, et parfois la simple réception d'une lettre sérieuse règle le problème.

Une bonne mise en demeure indique clairement : qui vous êtes, ce que vous réclamez et pourquoi, le montant exact, le délai accordé, et ce que vous ferez à défaut (déposer une demande aux petites créances). Envoyez-la de façon à pouvoir prouver la réception (courrier recommandé, ou un mode qui laisse une trace).

Attention au délai de prescription : en règle générale, vous avez 3 ans pour réclamer (article 2925 du Code civil du Québec), calculés à partir du moment où vous connaissiez tous les éléments justifiant la poursuite. Passé ce délai, votre droit peut être éteint — n'attendez pas.

Déposer la demande : frais et notification

On dépose une demande aux petites créances auprès du greffe, en ligne via les services judiciaires numériques du Ministère de la Justice ou au palais de justice. Vous y décrivez les faits, le montant réclamé et vous joignez vos pièces (contrats, factures, mise en demeure, photos, etc.).

Il faut payer des frais judiciaires de dépôt. Ils varient selon le montant réclamé et selon que vous êtes un particulier ou une entreprise — à titre indicatif, de l'ordre d'une centaine à quelques centaines de dollars (vérifiez le montant exact à jour dans le Tarif des frais judiciaires — Petites créances sur justice.gouv.qc.ca). Bonne nouvelle : si vous gagnez, ces frais sont normalement remboursés par la partie perdante. Les personnes qui reçoivent des prestations d'aide financière de dernier recours ou qui présentent une attestation d'aide juridique sont dispensées des frais.

Une fois la demande reçue, le greffe se charge de la notification au défendeur — vous n'avez généralement pas à courir après l'autre partie. Il est donc essentiel d'indiquer le nom légal exact et la bonne adresse de la personne ou de l'entreprise que vous poursuivez (le nom au registre des entreprises, pas seulement le nom commercial).

La réponse du défendeur

Le défendeur qui reçoit la demande dispose d'un délai pour répondre. Plusieurs options s'offrent à lui :

  • payer ou reconnaître la dette (le dossier se règle) ;
  • contester la demande en déposant sa version des faits et ses propres pièces ;
  • présenter une demande contraire (une réclamation contre vous, s'il estime que c'est plutôt vous qui lui devez quelque chose) ;
  • ne rien faire — auquel cas le tribunal peut rendre jugement par défaut en votre faveur, sur la base de votre preuve.

Si le défendeur conteste, le dossier suit son cours vers la médiation (le cas échéant) puis l'audience. Chacun doit s'assurer que ses pièces sont communiquées à l'autre partie avant l'audience : pas de preuve « surprise ».

La médiation gratuite : souvent la meilleure porte de sortie

Dès que vous êtes aux petites créances, vous pouvez participer gratuitement à une ou des séances de médiation (jusqu'à trois heures sans frais) avec un médiateur accrédité. Pour les demandes de 5 000 $ ou moins, la médiation est obligatoire dans la plupart des districts judiciaires — obligatoire d'y participer, jamais de s'entendre à tout prix.

Une séance dure environ une heure, se déroule de façon informelle et confidentielle, et vise à trouver un terrain d'entente. Si vous vous entendez, l'entente peut être homologuée par le tribunal et acquiert alors la même valeur qu'un jugement. Si aucune entente n'est possible, le dossier retourne vers le juge et rien de ce qui s'est dit en médiation ne joue contre vous.

Des exceptions existent à la médiation obligatoire, notamment pour les victimes de violence conjugale ou sexuelle (sur présentation d'un document approprié). La médiation évite souvent des mois d'attente et une audience : c'est presque toujours une avenue à considérer sérieusement.

L'audience : comment ça se passe

Le délai entre le dépôt et l'audience varie beaucoup selon les régions — comptez généralement plusieurs mois (de l'ordre de 6 à 15 mois). À l'audience, le juge dirige les débats de manière plus souple qu'un procès ordinaire : chaque partie explique sa version, présente ses pièces et peut faire entendre des témoins.

Le juge peut poser lui-même des questions pour comprendre le dossier. C'est à vous de convaincre par la preuve : un contrat, une facture, des messages, des photos, l'estimé d'un réparateur valent bien plus qu'une affirmation. Restez factuel, chronologique et concis. Le fardeau de la preuve repose sur celui qui réclame : vous devez démontrer votre version comme plus probable que celle de l'adversaire (la « prépondérance des probabilités »).

Le jugement : final, sans appel

Le juge peut rendre sa décision sur-le-champ ou, plus souvent, la mettre par écrit quelques semaines plus tard. Point crucial : le jugement des petites créances est final et sans appel. On ne peut pas le porter devant un tribunal supérieur simplement parce qu'on est en désaccord.

Il existe seulement des recours très limités et exceptionnels — par exemple faire rétracter un jugement rendu par défaut si l'on n'a pas pu se présenter pour une raison sérieuse, ou corriger une erreur d'écriture. Ce caractère définitif est une raison de plus de bien préparer son dossier dès le départ : il n'y aura pas de seconde chance.

Le nerf de la guerre : exécuter le jugement

Gagner ne veut pas dire être payé. Un jugement n'est pas de l'argent en main — c'est un droit de vous faire payer, que vous devez parfois faire respecter vous-même. C'est l'étape que trop de gens oublient d'anticiper.

Le débiteur a normalement une trentaine de jours pour payer volontairement. S'il ne paie pas, plusieurs moyens d'exécution forcée existent :

  • la saisie de salaire : une partie de la paie du débiteur est versée au greffe, qui vous la remet ;
  • la saisie en main tierce (par exemple un compte bancaire) ;
  • la saisie de biens par un huissier, qui peut ensuite les faire vendre.

Certains biens sont insaisissables : meubles du ménage nécessaires à la vie (jusqu'à une certaine valeur), instruments de travail, nourriture, vêtements, et une portion des salaires et prestations. Si le débiteur n'a ni revenu, ni bien, ni argent, même un jugement parfait peut rester lettre morte.

Deux réflexes utiles : avant même de poursuivre, évaluez la capacité de payer de l'adversaire ; et sachez que le jugement demeure valide 10 ans (chaque tentative d'exécution peut relancer ce délai), ce qui vous laisse le temps d'agir si la situation du débiteur s'améliore. Vous pouvez aussi l'interroger après jugement sur ses revenus et ses biens pour repérer où saisir.

Bien monter sa preuve : les réflexes qui font gagner

Aux petites créances, le dossier le mieux organisé part avec une longueur d'avance. Quelques principes pratiques :

  • Une chronologie claire des événements, dates à l'appui, que vous pourrez suivre à l'audience.
  • Des pièces cotées et numérotées (Pièce 1, Pièce 2…) pour retrouver rapidement chaque document.
  • Deux copies complètes de vos pièces : une pour le tribunal, une pour l'autre partie — et gardez l'original.
  • Des preuves écrites chaque fois que possible : contrats, factures, courriels, textos, photos datées, estimés. Elles pèsent plus lourd que la parole.
  • Des témoins pertinents qui ont vu ou vécu les faits, prévenus à l'avance de la date d'audience.
  • Le nom légal exact du défendeur, vérifié au Registre des entreprises du Québec s'il s'agit d'une entreprise.

L'objectif n'est pas d'en mettre le plus possible, mais de rendre votre histoire simple à suivre et facile à croire.

Information générale — et où obtenir un vrai avis

Ce guide donne de l'information juridique générale sur le droit québécois ; ce n'est pas un avis juridique, ni une stratégie adaptée à votre dossier, ni une prédiction du résultat. La décision de poursuivre, de négocier ou de laisser tomber vous appartient entièrement.

Pour un accompagnement adapté à votre situation :

  • l'aide juridique, si votre revenu vous rend admissible ;
  • un Centre de justice de proximité, pour de l'information juridique gratuite et neutre ;
  • Juripop et d'autres cliniques juridiques ;
  • le service de référence du Barreau du Québec, pour une première consultation à tarif réduit avec un avocat.

Dans l'application « Preuve en main », l'outil Petites créances vous guide pas à pas : vérifier si votre litige est admissible (plafond, exclusions), rédiger votre mise en demeure, calculer votre délai de prescription, organiser vos pièces cotées et préparer votre demande. Un fil conducteur unique, de la première lettre jusqu'à l'exécution du jugement.

Ce guide est une information juridique générale sur le droit québécois, pas un avis sur votre situation. Les règles et les montants changent : vérifiez toujours à la source officielle. Pour une question précise, un avocat, l'aide juridique ou un centre de justice de proximité restent les références.