Congédiement déguisé : ce qu'il faut consigner pendant que ça se passe
On ne vous a pas mis à la porte. On a changé votre poste, coupé vos heures, retiré vos dossiers, ou rendu vos journées assez pénibles pour que vous pensiez à partir. Vous vous demandez si vous pouvez démissionner sans tout perdre. C'est exactement la question que le droit québécois appelle le congédiement déguisé. Ce guide explique ce que dit la loi, quels délais courent déjà, ce que le tribunal regarde, et surtout quoi consigner maintenant — parce que la preuve d'un congédiement déguisé se construit pendant que la situation se déroule, pas après. C'est de l'information générale, pas un avis juridique : la décision de rester, de partir ou de porter plainte vous appartient, et un avis sur votre dossier précis se demande à un avocat.
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Qu'est-ce qu'un congédiement déguisé, exactement ?
Un congédiement déguisé, c'est une fin d'emploi qui ne dit pas son nom. Personne ne vous remet de lettre de congédiement. L'employeur modifie plutôt, de son seul chef, une condition essentielle de votre emploi — à un point tel que le contrat de travail que vous aviez n'existe plus vraiment. Si vous refusez cette modification et que vous quittez, le droit peut considérer que c'est l'employeur qui a mis fin à l'emploi, et non vous.
La Cour suprême du Canada l'a énoncé dans un arrêt québécois, Farber c. Cie Trust Royal, [1997] 1 R.C.S. 846. La Cour y explique que lorsque l'employeur décide unilatéralement de modifier de façon substantielle les conditions essentielles du contrat de travail et que l'employé n'accepte pas ces modifications et quitte son emploi, son départ constitue un congédiement déguisé. Dans cette affaire, un cadre régional qui supervisait 400 agents s'était vu offrir un poste nettement inférieur : la Cour a jugé qu'il s'agissait d'une rétrogradation substantielle.
Le mot important est déguisé. Aux yeux de la loi, ce n'est pas une démission ordinaire. C'est une fin d'emploi imposée, sous une autre forme. Et c'est pour cette raison qu'un salarié qui part dans ces circonstances peut, selon les cas, conserver des recours et des indemnités qu'une démission volontaire ferait perdre.
Attention toutefois : ce n'est pas parce qu'un changement vous déplaît qu'il s'agit d'un congédiement déguisé. Un employeur a le droit de gérer son entreprise, de réorganiser des équipes, de modifier des tâches à la marge. La frontière se situe dans le mot substantielle. C'est là que se joue tout le débat, et c'est là que la preuve compte.
Le test que le tribunal applique
Les tribunaux analysent la question en deux temps. La Cour d'appel du Québec a repris cette grille récemment, notamment dans Lareau c. Centre du camion Gamache inc., 2023 QCCA 667, dans la foulée de Farber et de l'arrêt de la Cour suprême Potter c. Commission des services d'aide juridique du Nouveau-Brunswick, 2015 CSC 10.
- Première étape : y a-t-il eu un manquement à une condition du contrat de travail, ou un ensemble de décisions et de comportements qui montrent que l'employeur ne veut plus être lié par ce contrat ?
- Deuxième étape : une personne raisonnable, placée dans la même situation que vous, conclurait-elle que l'employeur a modifié substantiellement les conditions essentielles du contrat ?
Deux précisions utiles. D'abord, il n'est pas nécessaire de prouver une intention malveillante : l'employeur n'a pas besoin d'avoir voulu vous pousser dehors pour qu'il y ait congédiement déguisé. Ensuite, le congédiement déguisé peut résulter soit d'un seul geste majeur (une rétrogradation, une coupure de salaire importante), soit d'une accumulation de gestes qui, pris ensemble, montrent que l'employeur s'est détaché du contrat.
Cette deuxième possibilité — l'accumulation — est celle qui concerne beaucoup de gens : rien de spectaculaire un jour donné, mais un poste vidé de son contenu sur six mois. C'est aussi celle qui exige le plus de preuve, parce qu'il faut pouvoir montrer la chronologie complète et non un seul incident isolé.
Le critère de la personne raisonnable est un critère objectif. Le tribunal ne se demande pas seulement si vous avez trouvé la situation intolérable ; il se demande si une personne raisonnable dans vos souliers aurait conclu la même chose. C'est pourquoi les faits datés, vérifiables et neutres pèsent plus lourd que les impressions.
Quels changements peuvent être considérés comme substantiels ?
Il n'existe pas de liste officielle et fermée. Les tribunaux décident cas par cas, en regardant l'ampleur du changement par rapport à ce qu'était l'emploi. Voici les types de situations qui reviennent le plus souvent dans les décisions et les documents d'information juridique.
- Une baisse importante de la rémunération : salaire, commissions, primes, bonis, avantages sociaux.
- Une rétrogradation : perte de titre, de niveau hiérarchique, d'équipe supervisée, de responsabilités.
- Une réduction marquée des heures de travail, ou une modification importante de l'horaire.
- Un changement majeur des fonctions : on vous retire vos dossiers, vos clients, vos accès, ou on vous confie des tâches sans rapport avec votre emploi.
- Un changement de lieu de travail qui allonge substantiellement le trajet, ou un retrait unilatéral d'un télétravail qui faisait partie de vos conditions.
- Une suspension imposée sans motif ni durée définie — c'est précisément la situation examinée dans Potter.
- Un climat rendu hostile de façon durable, notamment lorsqu'il correspond à la définition du harcèlement psychologique.
À l'inverse, plusieurs changements ne suffisent généralement pas à eux seuls : un changement de superviseur, une évaluation de rendement sévère mais honnête, une réorganisation qui touche tout le monde de la même façon, un ajustement mineur de tâches, ou l'application d'une politique déjà prévue à votre contrat. Ce sont des exercices normaux du droit de gérance.
Une nuance importante : si votre contrat ou une politique d'entreprise que vous avez acceptée prévoit expressément que l'employeur peut modifier tel élément, l'analyse change. C'est une des raisons pour lesquelles il vaut la peine de retrouver votre contrat d'embauche et vos lettres de promotion avant toute autre chose.
Le harcèlement psychologique : une catégorie à part
Quand la situation ne passe pas par une rétrogradation mais par un climat qu'on a rendu invivable, il existe une avenue distincte. L'article 81.18 de la Loi sur les normes du travail définit le harcèlement psychologique comme une conduite vexatoire se manifestant par des comportements, des paroles, des actes ou des gestes répétés, hostiles ou non désirés, qui portent atteinte à la dignité ou à l'intégrité psychologique ou physique de la personne salariée et qui entraînent un milieu de travail néfaste pour elle.
La loi précise aussi qu'une seule conduite grave peut constituer du harcèlement psychologique si elle porte une telle atteinte et produit un effet nocif continu. Le harcèlement sexuel y est inclus. Toute personne salariée a droit à un milieu de travail exempt de harcèlement psychologique, et l'employeur a l'obligation de prendre les moyens raisonnables pour le prévenir et, dès qu'il en est informé, pour le faire cesser.
Depuis la Loi visant à prévenir et à combattre le harcèlement psychologique et la violence à caractère sexuel en milieu de travail (loi 42, sanctionnée le 27 mars 2024), la Loi sur les normes du travail prévoit un contenu minimal obligatoire pour la politique de prévention et de prise en charge du harcèlement que l'employeur doit avoir — ces dispositions sont en vigueur depuis le 27 septembre 2024. Cette politique, si elle existe chez vous, décrit le mécanisme de signalement interne.
Pourquoi cela compte ici : les faits qui documentent un climat hostile servent souvent aux deux analyses en même temps — celle du harcèlement psychologique et celle du congédiement déguisé par accumulation. Et les délais ne sont pas les mêmes, comme on le verra à la section suivante.
Les délais : ce qui court déjà, en ce moment
C'est la partie la plus urgente de ce guide. Plusieurs recours existent, et plusieurs d'entre eux ont des délais courts et stricts. Un délai manqué ferme la porte, même si le fond du dossier était solide. Les délais ci-dessous sont ceux en vigueur au Québec en juillet 2026.
- Plainte pour congédiement sans cause juste et suffisante (art. 124 LNT) : 45 jours. Il faut justifier de deux ans de service continu chez le même employeur, et qu'aucune autre procédure de réparation ne soit prévue ailleurs (une convention collective, par exemple). La plainte se dépose à la CNESST dans les 45 jours de la fin d'emploi. Un congédiement déguisé peut faire l'objet de cette plainte.
- Plainte pour pratique interdite (art. 122 et 123 LNT) : 45 jours. Elle vise les sanctions ou congédiements imposés pour un motif interdit — par exemple parce que vous avez exercé un droit prévu à la loi, ou en raison d'une grossesse. Ici, une présomption joue en votre faveur : c'est à l'employeur de prouver qu'il n'a pas agi pour ce motif. Aucune ancienneté minimale n'est exigée.
- Plainte pour harcèlement psychologique ou sexuel (art. 123.7 LNT) : 2 ans depuis la dernière manifestation de la conduite.
- Recours civil devant les tribunaux (délai de congé, dommages) : 3 ans, en vertu des règles de prescription du Code civil du Québec.
- Salariés syndiqués : le grief. Si vous êtes couvert par une convention collective, le recours passe généralement par un grief déposé par le syndicat, et les délais de la convention sont souvent beaucoup plus courts — parfois quelques jours. Il faut lire la convention et parler au syndicat rapidement.
- Employeurs de compétence fédérale (art. 240 du Code canadien du travail) : 90 jours. Cela vise notamment les banques, les télécommunications, le transport interprovincial et aérien. Il faut 12 mois de service continu et ne pas faire partie d'un groupe régi par une convention collective.
Un point délicat : pour un congédiement déguisé, déterminer la date exacte à partir de laquelle le délai commence à courir peut être débattu. Est-ce le jour de l'annonce du changement ? Le jour où il prend effet ? Le jour du départ ? La CNESST considère que le point de départ du délai de l'article 124 est la date où la cessation d'emploi devient effective. Comme cette question peut être contestée, agir tôt réduit le risque.
Déposer une plainte à la CNESST est gratuit. Dans le cas d'une plainte fondée sur l'article 124, la CNESST offre d'abord un service de médiation ; si la médiation n'aboutit pas, le dossier est transféré au Tribunal administratif du travail, où un avocat de la CNESST peut vous représenter à l'audience.
Le piège du silence : réagir, mais pas n'importe comment
Il y a une tension réelle dans ce type de dossier, et il vaut mieux la nommer clairement. D'un côté, si vous continuez à travailler dans les nouvelles conditions sans jamais rien dire, l'employeur pourra soutenir que vous les avez acceptées tacitement. De l'autre, si vous partez du jour au lendemain sans avoir jamais exprimé de désaccord, il pourra soutenir que votre démission était libre et volontaire.
Éducaloi le formule sans détour : si votre employeur peut prouver que votre démission était libre et volontaire et qu'il ne vous a pas forcé, le tribunal ne peut pas le tenir responsable de votre décision. Et il ajoute qu'il est difficile de prouver un congédiement déguisé en soutenant que sa démission n'était pas libre parce que l'employeur y a poussé indirectement. Ce n'est pas décourageant, c'est réaliste : cela veut dire que la preuve écrite est ce qui fait la différence.
En pratique, ce que les tribunaux regardent, c'est si le salarié a exprimé son désaccord, à qui, quand, et sous quelle forme. Un courriel daté qui dit « je ne consens pas à cette modification de mes fonctions et je vous demande de m'expliquer sur quelle base elle est faite » a une valeur de preuve qu'une conversation de corridor n'aura jamais.
Nous n'allons pas vous dire de rester ni de partir : c'est votre décision, et elle dépend de votre santé, de vos finances et de votre situation. Ce que ce guide peut faire, c'est vous dire ce qui, en droit, laisse une trace — et ce qui n'en laisse aucune.
Ce qu'il faut documenter, concrètement, pendant que ça se passe
Un dossier de congédiement déguisé se gagne ou se perd sur la chronologie. Pas sur un souvenir, pas sur un sentiment : sur une suite d'événements datés qu'on peut suivre du doigt. Le problème, c'est que ces événements se produisent sur des semaines ou des mois, souvent pendant une période où l'on dort mal et où l'on ne pense pas à noter. Six mois plus tard, tout se mélange.
Voici ce qui a de la valeur. Pour chaque événement, notez la date, l'heure si vous l'avez, le lieu, qui était présent, ce qui a été dit ou fait — le plus près possible des mots exacts — et l'effet concret sur votre travail (tâche retirée, client réassigné, heures coupées de tant à tant).
- L'état de départ. Votre titre, votre salaire, vos heures, votre horaire, vos responsabilités, le nombre de personnes que vous supervisiez, vos avantages — tels qu'ils étaient avant les changements. Sans ce point de comparaison, impossible de mesurer l'ampleur du changement.
- Chaque changement, un par un, avec sa date et la manière dont il vous a été annoncé (réunion, courriel, verbalement, jamais annoncé).
- Vos horaires réels, semaine par semaine, avec les heures payées. Une coupure d'heures se prouve avec des chiffres.
- Vos paies, avant et après. Salaire de base, commissions, primes, bonis.
- Les réunions et conversations où le sujet a été abordé : date, participants, ce qui a été dit.
- Vos démarches : chaque fois que vous avez soulevé le problème, à qui, comment, et ce qu'on vous a répondu (ou l'absence de réponse).
- Les incidents de climat : remarques, mises à l'écart, retrait d'accès ou d'invitations à des réunions, avec témoins s'il y en a.
- Les répercussions sur votre santé, si elles existent : consultations médicales, arrêts de travail, médicaments. Notez les dates de rendez-vous ; les documents médicaux se demandent ensuite.
Deux règles simples améliorent beaucoup la valeur de ce que vous notez. Premièrement, écrivez le jour même ou le lendemain : une note contemporaine des faits a un tout autre poids qu'un récit reconstitué. Deuxièmement, séparez les faits de vos impressions. « Le 14 mars, M. X m'a retiré les dossiers Y et Z » est un fait. « Il veut me pousser dehors » est une conclusion. Notez les deux si vous voulez, mais pas dans la même phrase.
Notez aussi ce qui vous dessert. Un dossier honnête, où l'on voit que la personne a consigné les bons comme les mauvais épisodes, est plus crédible qu'un dossier où tout va toujours dans le même sens.
Les documents à rassembler — et le piège de l'ordinateur du bureau
Le jour où l'emploi prend fin, vos accès sont coupés. Boîte courriel, intranet, fichiers partagés, portail des paies : tout disparaît, souvent en quelques minutes. Beaucoup de gens découvrent trop tard qu'ils n'ont plus accès à leurs propres relevés de paie.
- Le contrat d'embauche, les lettres de promotion, les descriptions de poste, les avenants.
- Les bulletins de paie et les relevés annuels (T4, Relevé 1), avant et après les changements.
- Les courriels et messages qui annoncent, confirment ou discutent les changements.
- Les horaires publiés, les feuilles de temps, les rapports de commissions.
- Les évaluations de rendement, les félicitations, les primes — ce qui montre que le rendement n'était pas le problème.
- L'organigramme avant et après, s'il en existe un.
- La politique de prévention du harcèlement de l'employeur et le manuel de l'employé.
- Le relevé d'emploi et toute lettre de fin d'emploi, le moment venu.
- Les coordonnées personnelles des collègues qui ont été témoins — une adresse courriel professionnelle disparaît avec l'emploi.
Une précaution importante : conservez ce qui vous appartient et ce qui vous concerne personnellement. Emporter des documents confidentiels de l'entreprise, des listes de clients ou des données qui ne vous visent pas peut vous exposer à des reproches sérieux, y compris à une poursuite. Votre obligation de loyauté envers l'employeur ne disparaît pas parce que la relation s'est détériorée. En cas de doute sur un document précis, c'est une question à poser à un avocat avant de le copier.
Pour les captures d'écran et les enregistrements, conservez le message original quand c'est possible, et non seulement l'image : la métadonnée (date, expéditeur, fil complet) fait partie de la preuve. Et gardez tout en dehors des systèmes de l'employeur.
Si je démissionne, est-ce que je perds l'assurance-emploi ?
C'est souvent la vraie question derrière « puis-je partir ». La règle générale est sévère : une personne qui quitte volontairement son emploi sans justification est exclue du bénéfice des prestations d'assurance-emploi. Ce n'est pas une pénalité temporaire, c'est une exclusion.
Mais la Loi sur l'assurance-emploi prévoit expressément des situations où le départ volontaire est justifié. L'article 29c) dit qu'une personne est fondée à quitter son emploi si, compte tenu de toutes les circonstances, son départ constituait la seule solution raisonnable dans son cas. La loi énumère ensuite des circonstances, dont plusieurs correspondent directement aux situations de congédiement déguisé :
- le harcèlement, de nature sexuelle ou autre ;
- la modification importante de ses fonctions ;
- la modification importante des conditions de rémunération ;
- des conditions de travail dangereuses pour sa santé ou sa sécurité ;
- des heures supplémentaires excessives ou leur non-rémunération ;
- des relations conflictuelles dont la cause ne lui est pas essentiellement imputable ;
- la discrimination fondée sur un motif interdit ;
- des pratiques de l'employeur contraires au droit ;
- une incitation indue de l'employeur à quitter son emploi.
Deux avertissements, parce qu'ils font la différence entre une demande acceptée et une demande refusée. D'abord, la présence d'une de ces circonstances ne donne pas automatiquement raison : il faut aussi démontrer qu'il n'existait aucune autre solution raisonnable — par exemple avoir tenté de régler la situation avec l'employeur, ou avoir cherché un autre emploi avant de partir. Ensuite, le fardeau de la preuve repose sur la personne qui a quitté.
C'est donc exactement le même matériel qui sert dans les deux dossiers : les dates, les courriels, les démarches faites auprès de l'employeur. Une chronologie propre est ce qui permet de répondre concrètement à l'agent qui vous demandera pourquoi vous n'êtes pas resté.
Préavis et indemnités : ce que la loi prévoit
Si un congédiement déguisé est reconnu, on retombe dans le régime de la fin d'emploi. Deux sources de droit se superposent au Québec.
La première, ce sont les minimums de la Loi sur les normes du travail. L'employeur doit donner un avis écrit avant de mettre fin au contrat d'un salarié qui compte au moins trois mois de service continu. La durée de l'avis est de 1 semaine pour moins d'un an de service continu, 2 semaines de un à cinq ans, 4 semaines de cinq à dix ans, et 8 semaines pour dix ans et plus. À défaut de donner cet avis, l'employeur doit verser une indemnité compensatrice équivalente au salaire habituel pour la période d'avis à laquelle le salarié avait droit. Aucun avis n'est requis notamment en cas de faute grave ou de contrat à durée déterminée arrivé à terme.
La seconde, ce sont les règles du Code civil du Québec, qui vont souvent plus loin. L'article 2091 prévoit qu'une partie qui met fin à un contrat à durée indéterminée doit donner un délai de congé raisonnable, en tenant compte de la nature de l'emploi, des circonstances particulières et de la durée de la prestation de travail. L'article 2092 précise que le salarié ne peut renoncer au droit d'obtenir une indemnité en cas de délai de congé insuffisant. L'article 2094 permet de mettre fin sans préavis pour un motif sérieux, ce qui suppose un manquement grave ou répété du salarié — une pénurie de travail ou une compression budgétaire n'en sont pas.
En pratique, les tribunaux ont accordé des délais de congé allant de quelques mois à environ deux ans dans certains dossiers, selon l'âge, l'ancienneté, la spécialisation du poste et l'état du marché de l'emploi dans la région. La personne qui réclame doit par ailleurs avoir fait des efforts pour limiter son préjudice, c'est-à-dire chercher un emploi comparable. Le recours civil se prescrit par trois ans.
Les erreurs les plus fréquentes
- Attendre. Le délai de 45 jours de la CNESST est court et strict. Beaucoup de gens prennent quelques semaines pour « souffler » après leur départ et découvrent que la porte est fermée.
- Ne jamais rien écrire. Des mois de désaccord exprimés uniquement à l'oral laissent zéro trace. L'employeur, lui, aura ses courriels.
- Écrire sous le coup de la colère. Un courriel injurieux ou un éclat public peut devenir la faute grave qui justifie un congédiement — et faire disparaître le préavis.
- Signer une entente le jour même. Une quittance ou une entente de départ signée sans l'avoir fait lire éteint souvent tous les recours. Rien n'oblige à signer sur-le-champ.
- Démissionner par écrit sans dire pourquoi. Une lettre qui ne mentionne aucun motif rend beaucoup plus difficile, ensuite, de soutenir que le départ était forcé.
- Perdre l'accès à ses documents. Attendre le dernier jour pour récupérer ses paies, ses courriels et ses horaires, alors que les accès seront coupés.
- Emporter des documents confidentiels de l'entreprise, ce qui peut retourner la situation contre soi.
- Se fier à un seul incident. Quand le dossier repose sur une accumulation, un incident isolé ne convainc pas ; c'est la suite complète qui parle.
- Oublier le syndicat. Une personne syndiquée qui dépose une plainte à la CNESST alors que le recours passe par un grief peut voir sa plainte déclarée irrecevable — et rater les délais du grief au passage.
Où obtenir un vrai avis juridique
Ce guide explique ce que dit la loi et ce que les tribunaux examinent. Il ne peut pas vous dire si votre situation constitue un congédiement déguisé, ni quel recours choisir. Cette réponse dépend de faits précis — votre contrat, votre ancienneté, votre convention collective, la nature exacte des changements — et seule une personne qui a le droit de donner un avis juridique peut vous la donner.
- La CNESST (1 844 838-0808) informe sur les normes du travail et reçoit les plaintes ; le dépôt est gratuit.
- Info Justice (anciennement les Centres de justice de proximité) offre de l'information juridique gratuite et confidentielle partout au Québec, sans égard au revenu.
- L'aide juridique donne accès à un avocat gratuitement ou à faible coût selon vos revenus : aidejuridique.quebec.
- Le service de référence du Barreau du Québec permet une première consultation à tarif réduit avec un avocat en droit du travail.
- Votre syndicat, si vous êtes syndiqué : c'est lui qui dépose le grief, et les délais sont souvent très courts.
- Un programme d'aide aux employés, s'il en existe un, pour le volet santé psychologique.
Une chose ne change pas, peu importe la voie que vous prendrez : la personne que vous consulterez travaillera à partir de ce que vous pourrez lui montrer. Un rendez-vous d'une heure passé à reconstituer une chronologie de mémoire, c'est une heure perdue. Le même rendez-vous avec des dates, des courriels et des chiffres, c'est une évaluation utile.
Information générale à jour en juillet 2026. Ce guide ne constitue pas un avis juridique et ne remplace pas la consultation d'un avocat. Les délais et les règles peuvent changer ; vérifiez auprès des sources officielles citées plus bas.
Un dossier de congédiement déguisé se construit pendant que la situation se déroule — et c'est précisément le moment où l'on est le moins en état de tenir des notes. Preuve en main sert à ça : vous ouvrez un dossier « travail », vous inscrivez chaque événement au fur et à mesure (la réunion du 14 mars, les heures coupées de la semaine du 22, le courriel resté sans réponse), et chaque entrée est datée au moment où vous l'écrivez. Vous déposez dans le coffre à preuves vos bulletins de paie, vos horaires, votre contrat, les captures de messages — chaque fichier reçoit une empreinte numérique qui montre qu'il n'a pas été modifié depuis. L'application construit ensuite la chronologie complète, celle qu'un avocat, un agent de l'assurance-emploi ou le Tribunal administratif du travail pourra suivre du premier changement jusqu'au départ. Documenter est gratuit, pour toujours, jusqu'à trois dossiers, et vos données restent sur votre appareil. Preuve en main ne donne aucun conseil juridique et ne vous dira jamais quoi faire : c'est un outil pour que vos faits tiennent debout le jour où quelqu'un vous les demandera. Ouvrir un dossier.
Sources officielles (consultées le 30 juillet 2026)
Chaque affirmation de ce guide s'appuie sur une source officielle. Comment nous vérifions et corrigeons.
- Loi sur les normes du travail (RLRQ c. N-1.1) — texte officiel, Légis Québec
- CNESST — Guide d'interprétation, article 124 LNT (congédiement sans cause juste et suffisante)
- CNESST — Guide d'interprétation, article 123.7 LNT (délai de 2 ans, harcèlement)
- CNESST — Guide d'interprétation, article 81.18 LNT (définition du harcèlement psychologique)
- CNESST — Guide d'interprétation, articles 82 et 83 LNT (avis de cessation d'emploi et indemnité)
- CNESST — Plainte pour pratique interdite (art. 122 et 123 LNT)
- Tribunal administratif du travail — Congédiement sans cause juste et suffisante
- Tribunal administratif du travail — Harcèlement psychologique ou sexuel
- Éducaloi — Fin d'emploi : comprendre les indemnités et le préavis
- Éducaloi — Sanctions et congédiement : pratiques interdites
- Code civil du Québec, art. 2091, 2092, 2094 et 2925 — Légis Québec
- Farber c. Cie Trust Royal, [1997] 1 R.C.S. 846 (CanLII)
- Potter c. Commission des services d'aide juridique du Nouveau-Brunswick, 2015 CSC 10 (CanLII)
- Loi sur l'assurance-emploi, art. 29 — départ volontaire justifié (Justice Canada)
- Code canadien du travail, art. 240 — plainte pour congédiement injuste (Justice Canada)
- Gouvernement du Québec — Adoption de la loi 42 sur le harcèlement psychologique et la violence à caractère sexuel au travail
- Info Justice (anciennement Centres de justice de proximité) — information juridique gratuite
- Aide juridique du Québec — admissibilité
Ce guide est une information juridique générale sur le droit québécois, pas un avis sur votre situation. Les règles et les montants changent : vérifiez toujours à la source officielle. Pour une question précise, un avocat, l'aide juridique ou un centre de justice de proximité restent les références.