Aller au contenu
Preuve en main

Recueil › Se représenter seul

Enregistrer une conversation au Québec : ce que dit la loi, et ce qu'un tribunal en fait

Vérifié le 30 juillet 2026 Version 1.0 Information générale, pas un avis juridique

Vous pensez à enregistrer votre ex, votre patron ou votre propriétaire, parce que personne ne vous croit. Derrière cette intention, il y a deux questions qu'on confond presque toujours, et qui n'ont pas la même réponse : est-ce que c'est légal, et est-ce que le tribunal va l'accepter ? Au Québec, on peut enregistrer sans commettre de crime et se faire refuser l'enregistrement en salle d'audience. On peut aussi l'obtenir, le faire admettre, et voir le geste se retourner contre soi. Ce guide sépare ces plans : ce que dit le Code criminel, ce qu'exige le Code civil du Québec pour qu'un enregistrement soit reçu en preuve, et ce que les tribunaux en font concrètement en matière familiale, en droit du travail, au logement et au criminel. Il indique aussi les délais qui courent pendant que vous hésitez, et ce qu'il faut documenter à côté du fichier. Il s'agit d'information générale, pas d'un avis juridique.

Documenter votre dossier, gratuitement. Un journal daté, un coffre à preuves où chaque pièce reçoit son empreinte numérique, une chronologie et un rapport prêt à déposer. Vos données restent sur votre appareil.

Ouvrir l'application Jusqu'à 3 dossiers, sans carte · voir les formules

Deux questions différentes, que presque tout le monde confond

Quand quelqu'un demande « est-ce que j'ai le droit d'enregistrer ? », il pose en réalité deux questions qui ont deux réponses distinctes, et parfois opposées.

La première est une question de droit criminel : est-ce que le fait d'enregistrer est une infraction ? La deuxième est une question de preuve : est-ce que le juge, le commissaire ou le tribunal administratif va accepter d'écouter ce fichier et d'en tenir compte ?

Les deux réponses ne sont pas liées. Au Québec, il est parfaitement possible d'enregistrer sans commettre de crime, puis de se faire refuser l'enregistrement en salle d'audience. L'inverse existe aussi : un enregistrement obtenu d'une manière discutable peut, dans certains cas, être quand même admis, parce que le tribunal juge que le rejeter serait pire.

Et il existe une troisième réalité, moins connue : un enregistrement peut être légal, admis, et pourtant vous nuire — parce que la façon dont vous l'avez obtenu, ou le fait de l'avoir fait de façon répétée, laisse une impression défavorable. Les sections qui suivent traitent ces trois plans séparément.

Ce que dit le Code criminel : ce qui est permis, ce qui est interdit

Le Code criminel du Canada interdit d'intercepter volontairement une communication privée au moyen d'un dispositif électromagnétique, acoustique, mécanique ou autre. C'est l'article 184, et l'infraction est sérieuse : poursuivie par mise en accusation, elle est passible d'un emprisonnement maximal de cinq ans. Mais le même article prévoit tout de suite une exception, au paragraphe 184(2)a) : il n'y a pas d'infraction lorsque la personne a obtenu le consentement exprès ou tacite de l'auteur de la communication ou de la personne à qui elle est destinée. C'est la règle dite du consentement d'une seule partie.

Conséquence concrète : si vous participez vous-même à la conversation, vous êtes justement l'une de ces personnes, et vous consentez à l'enregistrement par le fait même de le lancer. Vous n'avez donc pas l'obligation légale de prévenir l'autre personne. La définition de « communication privée », à l'article 183, va dans le même sens : c'est une communication faite dans des circonstances telles que son auteur peut raisonnablement s'attendre à ce qu'elle ne soit pas interceptée par un tiers. Votre interlocuteur ne peut pas raisonnablement s'attendre à ce que vous n'entendiez pas ce qu'il vous dit — puisqu'il vous le dit.

  • Vous êtes au téléphone avec votre ex-conjoint : vous participez à la conversation.
  • Vous êtes assis en face de votre patron : vous participez à la conversation.
  • Votre propriétaire vient chez vous et vous parle : vous participez à la conversation.
  • Vous laissez votre téléphone allumé dans une pièce où se déroule un échange entre deux autres personnes, sans vous : vous n'y participez pas, et vous sortez de l'exception.

L'exception disparaît dès que vous n'êtes plus partie à la conversation. Placer un enregistreur, un téléphone ou une caméra pour capter des échanges auxquels vous ne participez pas, c'est intercepter au sens de l'article 183, et cela peut constituer l'infraction prévue à l'article 184.

Deux autres infractions méritent d'être connues. L'article 162 crée celle de voyeurisme : observer subrepticement une personne, ou en produire un enregistrement visuel, dans un lieu où il existe une attente raisonnable en matière de vie privée — une chambre, une salle de bain — dans les circonstances précisées par la loi; peine maximale de cinq ans. L'article 193 vise la divulgation : utiliser ou divulguer volontairement une communication privée interceptée sans le consentement requis est une infraction distincte, passible de deux ans par mise en accusation.

L'article 193 prévoit toutefois des exceptions, dont deux comptent ici : la divulgation faite au cours d'une procédure judiciaire où un témoignage sous serment peut être exigé, et celle faite à un agent de la paix ou à un poursuivant pour servir l'administration de la justice. Autrement dit, la loi distingue le fait de déposer un enregistrement devant un tribunal ou de le remettre aux autorités — ce qui est prévu et encadré — du fait de le publier, de le faire circuler ou de le montrer à des tiers, qui est traité tout autrement.

Légal ne veut pas dire « sans conséquence » : la vie privée en droit civil

Même quand aucune infraction criminelle n'est commise, le droit civil québécois protège la vie privée. L'article 35 du Code civil du Québec pose le principe : toute personne a droit au respect de sa réputation et de sa vie privée. L'article 5 de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec dit la même chose.

L'article 36 du Code civil donne une liste — non exhaustive — d'actes qui peuvent être considérés comme des atteintes à la vie privée. Le deuxième paragraphe vise directement notre sujet : « intercepter ou utiliser volontairement une communication privée ». Le troisième vise le fait de capter ou d'utiliser l'image ou la voix d'une personne lorsqu'elle se trouve dans des lieux privés. Le quatrième vise la surveillance de la vie privée par quelque moyen que ce soit.

Une personne dont la vie privée a été violée peut demander au tribunal de faire cesser l'atteinte et d'être indemnisée du préjudice moral ou matériel subi. L'article 49 de la Charte québécoise ajoute que, si l'atteinte est illicite et intentionnelle, le tribunal peut en plus condamner l'auteur à des dommages-intérêts punitifs.

C'est le vrai risque juridique dans la plupart des dossiers ordinaires : pas une accusation criminelle, mais une réclamation civile — souvent présentée dans le dossier même où vous vouliez déposer l'enregistrement. Ce risque monte fortement si vous diffusez l'enregistrement. Le publier sur les réseaux sociaux, l'envoyer à l'employeur de la personne, le faire écouter à la famille : ce n'est plus documenter, c'est utiliser.

Devant un tribunal civil : la règle de base, et le filtre de l'article 2858

Le point de départ est généreux. L'article 2857 du Code civil du Québec prévoit que la preuve de tout fait pertinent au litige est recevable et peut être faite par tous moyens. Un enregistrement audio n'est donc pas exclu d'avance.

Mais l'article 2858 impose un filtre. Le tribunal doit, même d'office — c'est-à-dire même si personne ne s'y oppose — rejeter tout élément de preuve obtenu dans des conditions qui portent atteinte aux droits et libertés fondamentaux et dont l'utilisation est susceptible de déconsidérer l'administration de la justice. Ces deux conditions sont cumulatives : il ne suffit pas qu'il y ait eu atteinte à un droit fondamental, encore faut-il que le fait de s'en servir jette le discrédit sur la justice. La loi prévoit une exception, où ce second critère ne s'applique pas : la violation du secret professionnel.

La décision de référence reste l'arrêt Mascouche (Ville) c. Houle, rendu par la Cour d'appel du Québec en 1999. Un voisin avait capté, avec un balayeur d'ondes, les conversations d'un téléphone sans fil auxquelles il ne participait pas. La Cour d'appel a confirmé le rejet de ces enregistrements : les admettre aurait déconsidéré l'administration de la justice. La Cour y décrit l'exercice attendu du juge comme une mise en balance entre deux valeurs — le respect des droits fondamentaux d'un côté, la recherche de la vérité de l'autre.

En pratique, les tribunaux regardent notamment la gravité de l'atteinte à la vie privée, la motivation et l'intérêt juridique réel de la personne qui a enregistré, et les modalités employées. Le seul fait d'avoir utilisé une ruse n'entraîne pas automatiquement le rejet.

La ligne de partage qui ressort de la jurisprudence est celle expliquée plus haut. Quand l'enregistrement est fait par une des parties à la conversation, on considère généralement qu'il n'y a pas d'atteinte à la vie privée de l'interlocuteur : le premier critère de l'article 2858 n'est même pas franchi. Quand l'enregistrement porte sur une conversation à laquelle l'auteur ne participait pas, l'atteinte existe, et la mise en balance devient sérieuse.

Ce que le tribunal exige concrètement pour accepter votre fichier

Beaucoup de gens perdent leur enregistrement non pas parce qu'il était illégal, mais parce qu'ils ne peuvent pas en prouver l'authenticité. C'est une étape distincte, et le fardeau repose sur celui qui dépose le fichier.

L'article 2874 du Code civil prévoit qu'une déclaration enregistrée par une technique d'enregistrement à laquelle on peut se fier peut être prouvée par ce moyen, à la condition qu'une preuve distincte en établisse l'authenticité. La technologie ne se prouve pas toute seule.

La Cour d'appel du Québec a clarifié la marche à suivre dans Benisty c. Kloda (2018 QCCA 608). Elle a précisé que la présomption d'intégrité prévue à l'article 7 de la Loi concernant le cadre juridique des technologies de l'information porte sur le support ou la technologie utilisée — pas sur le contenu. Autrement dit : le fait que votre téléphone soit un appareil fiable ne prouve pas que le fichier n'a pas été coupé, monté ou tronqué.

Concrètement, la personne qui dépose un enregistrement doit généralement être en mesure d'établir des éléments comme ceux-ci :

  • Qui parle : l'identité de chaque interlocuteur, établie par votre témoignage ou autrement.
  • Qui a enregistré, quand, où, et avec quel appareil.
  • L'intégrité du contenu : que le fichier est complet et n'a pas été altéré ni monté.
  • La qualité : les propos doivent être audibles et intelligibles — un fichier inaudible ne prouve rien.
  • Le parcours du fichier : si vous l'avez transféré d'un support à un autre, ou converti de format, ce processus doit pouvoir être expliqué et documenté.

C'est pour cette raison qu'il faut conserver le fichier d'origine, tel quel, avec ses données techniques (date, heure, durée, format). Travaillez toujours sur une copie. Ne recoupez pas, ne « nettoyez » pas, n'exportez pas seulement le passage qui vous intéresse : un extrait isolé, sorti de son contexte, est exactement ce qui donne prise à la contestation.

Famille : garde, temps parental, protection de la jeunesse

C'est le domaine où les enregistrements sont les plus fréquents, et souvent les plus mal reçus. Le principe juridique reste le même : un parent qui enregistre sa propre conversation avec l'autre parent ne porte généralement pas atteinte à la vie privée de celui-ci, et l'enregistrement peut être déposé. Un parent qui capte une conversation à laquelle il ne participe pas se place dans la situation visée par l'article 2858.

En matière familiale, un élément supplémentaire pèse dans la balance : l'intérêt de l'enfant. Les tribunaux ont reconnu que le droit à la vie privée peut céder devant la recherche de la vérité lorsque la sécurité ou le développement d'un enfant est en jeu. Cela ne veut pas dire que tout est admis — cela veut dire que la mise en balance de l'article 2858 se fait avec ce poids-là dans un des plateaux.

Il faut être franc sur un point que beaucoup de parents découvrent trop tard : un enregistrement peut être admis et vous nuire quand même. Les tribunaux, comme les intervenants, réagissent souvent mal à une pratique d'enregistrement systématique — surtout quand l'enfant sert à la réaliser, ou quand il apparaît que le parent a provoqué la conversation pour obtenir une réaction. Ce qui devait démontrer la conduite de l'autre finit par documenter le climat que l'enfant subit.

Faire répéter un enfant, l'interroger avec le téléphone allumé, ou l'installer en témoin contre son autre parent est particulièrement mal vu. Cela peut être retenu contre le parent qui l'a fait, y compris dans un dossier de protection de la jeunesse.

Travail : enregistrer son patron ou un collègue

Ici, il faut encore séparer deux questions : l'enregistrement sera-t-il admis en preuve, et l'employeur peut-il vous sanctionner pour l'avoir fait ?

Sur l'admissibilité, la logique est la même que partout ailleurs : un salarié qui enregistre une rencontre à laquelle il participe — une rencontre disciplinaire, un échange avec son supérieur — enregistre sa propre conversation. Les tribunaux du travail reconnaissent par ailleurs que les salariés conservent un droit à la vie privée en milieu de travail, qui doit être mis en balance avec le droit de gérance de l'employeur.

Sur le plan disciplinaire, la réponse dépend beaucoup du contexte. Les décisions rapportées par la doctrine spécialisée en relations du travail montrent deux tendances opposées. Quand l'enregistrement est ciblé, limité et lié à un recours réel — par exemple des échanges précis en lien avec une plainte de harcèlement psychologique — le fait d'avoir enregistré n'a pas nécessairement été considéré comme une faute. Quand l'enregistrement est systématique, massif et sans lien avec un litige précis, il a pu servir de motif au soutien d'une mesure disciplinaire, particulièrement pour un salarié occupant un poste de confiance ou d'encadrement.

Il n'y a donc pas de règle automatique du type « c'est légal, donc je ne risque rien ». Le volume, la durée, la cible et la raison comptent.

Enfin, les délais du droit du travail sont courts et distincts de ceux du civil. Une plainte pour harcèlement psychologique en vertu de la Loi sur les normes du travail doit être déposée dans les 2 ans de la dernière manifestation de la conduite (article 123.7). Une réclamation pour lésion professionnelle à la CNESST doit généralement être produite dans les 6 mois de la lésion (articles 270 et 271 de la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles).

Logement (TAL) et petites créances

Devant le Tribunal administratif du logement, un enregistrement d'une conversation à laquelle vous participez — avec votre locateur ou votre locataire — suit la même logique que devant les autres tribunaux civils : recevable en principe, sous réserve de sa pertinence et de la preuve de son authenticité.

Deux règles propres au TAL méritent d'être connues. D'abord, le Tribunal enregistre lui-même chaque audience. Ensuite, toute autre forme d'enregistrement sonore ou visuel de l'audience est interdite, sauf si le Tribunal l'autorise expressément et fixe des conditions. Vous pouvez obtenir une copie de l'enregistrement de votre propre audience en payant les frais prévus au règlement applicable, mais la diffusion sonore d'un enregistrement d'audience dans un lieu public ou à des fins de diffusion publique est interdite. Si vous croyez en avoir besoin, demandez-la sans tarder : ces enregistrements ne sont pas conservés indéfiniment.

Le TAL rappelle aussi une règle qui surprend beaucoup de gens : le ouï-dire n'est pas admissible. Un témoin doit avoir une connaissance personnelle et directe des faits. C'est souvent la vraie raison pour laquelle un dossier s'effondre — pas l'enregistrement, mais le fait que personne présent à l'audience n'a vu ou entendu les faits en cause.

Aux petites créances, la Division des petites créances de la Cour du Québec entend les causes où la somme en litige est de 15 000 $ ou moins, sans compter les intérêts. Vous vous représentez vous-même. Vos pièces — dont un enregistrement — doivent être remises au greffe dans les délais indiqués sur votre avis d'audience. Prévoyez aussi le côté pratique : un fichier audio ne se lit pas tout seul en salle. Renseignez-vous auprès du greffe sur le format accepté et sur le matériel disponible, et apportez une transcription des passages pertinents.

Criminel : remettre un enregistrement à la police

Si l'enregistrement documente ce que vous croyez être une infraction — menaces, harcèlement, violence conjugale — vous pouvez le remettre aux policiers. Vous n'avez pas à décider vous-même s'il s'agit d'un crime : c'est le rôle des policiers d'enquêter, et celui du Directeur des poursuites criminelles et pénales d'autoriser ou non une accusation.

Deux précisions utiles. D'abord, l'article 193 du Code criminel, qui punit la divulgation d'une communication privée interceptée, prévoit expressément des exceptions, notamment la divulgation faite au cours d'une procédure judiciaire et la communication faite à un agent de la paix ou à un poursuivant pour servir l'administration de la justice. Remettre un fichier aux autorités n'est pas la même chose que le publier.

Ensuite, en matière criminelle, la protection constitutionnelle contre les fouilles, perquisitions et saisies abusives (article 8 de la Charte canadienne des droits et libertés) vise l'intervention de l'État qui porte atteinte à une attente raisonnable de vie privée. Un enregistrement fait par un simple particulier, de sa propre initiative, n'est pas une fouille de l'État. Cela ne signifie pas qu'il sera automatiquement admis : le tribunal criminel applique ses propres règles, dont la pertinence, l'authenticité, et le pouvoir du juge d'écarter une preuve dont l'effet préjudiciable l'emporte sur la valeur probante.

Un mot important si vous êtes en situation de violence : la sécurité passe avant la preuve. Créer une occasion d'enregistrer une menace, ou provoquer un échange pour « avoir quelque chose », c'est prendre un risque réel. Des ressources existent pour en parler avant d'agir, notamment SOS violence conjugale, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 : 1 800 363-9010.

Les délais qui courent pendant que vous hésitez

C'est souvent l'urgence réelle, et personne n'en parle. Pendant que vous vous demandez si vous avez le droit d'enregistrer, des délais s'écoulent. Une fois le délai expiré, le recours peut être irrecevable même si les faits sont vrais.

  • Règle générale au civil : 3 ans. L'article 2925 du Code civil prévoit que l'action qui vise à faire valoir un droit personnel se prescrit par 3 ans, lorsqu'aucun autre délai n'est fixé. C'est le délai habituel aux petites créances.
  • Atteinte à la réputation : 1 an à compter du jour où la personne lésée en a eu connaissance (article 2929).
  • Harcèlement psychologique ou sexuel au travail : 2 ans à compter de la dernière manifestation de la conduite (article 123.7 de la Loi sur les normes du travail).
  • Réclamation à la CNESST pour lésion professionnelle : 6 mois de la lésion (articles 270 et 271 de la LATMP).
  • Préjudice corporel résultant d'un acte pouvant constituer une infraction criminelle : 10 ans à compter du jour où la victime a connaissance que son préjudice est attribuable à cet acte (article 2926.1).
  • Aucun délai — l'action est imprescriptible lorsque le préjudice corporel résulte d'une violence subie pendant l'enfance, d'une violence à caractère sexuel, ou de la violence d'un conjoint ou d'un ex-conjoint, depuis la loi sanctionnée le 12 juin 2020.

Deux nuances importantes. Ces délais dépendent de la nature de la demande, pas de l'étiquette qu'on lui donne, et leur point de départ varie : jour de la faute, jour où le préjudice se manifeste, jour de la découverte, dernière manifestation de la conduite. Et au civil, le tribunal ne soulève pas la prescription de lui-même : c'est à la partie qui se défend de l'invoquer. Cela ne rend pas le délai moins réel.

Si vous approchez d'une de ces échéances, c'est le moment de consulter — pas d'attendre d'avoir « assez de preuves ».

Ce qu'il faut documenter — et comment

Un enregistrement seul est fragile. Ce qui tient devant un tribunal, c'est un enregistrement situé : daté, expliqué, entouré d'autres traces qui se confirment entre elles. Voici ce qu'il faut réunir, dans l'ordre où on vous le demandera.

  • Le fichier d'origine, intact. Non recoupé, non converti, non « nettoyé ». Faites une copie de travail et ne touchez jamais à l'original.
  • Les circonstances : date, heure de début, durée, lieu, appareil utilisé, qui était présent, qui a lancé l'enregistrement.
  • L'identité de chaque voix, et comment vous pouvez l'établir : vous étiez là, un tiers reconnaît la voix, le numéro appelant, un rendez-vous confirmé par écrit.
  • Une transcription des passages pertinents, avec les minutages. Cela ne remplace pas le fichier, mais cela permet à tout le monde de savoir de quoi on parle.
  • Le contexte écrit autour : messages textes, courriels, appels manqués, avant et après. C'est souvent ce qui donne son sens à l'enregistrement.
  • Une note écrite le jour même, pendant que le souvenir est frais : ce qui s'est passé, ce que vous avez fait ensuite, à qui vous en avez parlé.
  • Les effets concrets : absences, consultations médicales, dépenses, journées de garde manquées, réparations. Ce sont ces traces qui chiffrent un préjudice.

Une méthode simple : notez le jour même, notez les faits (qui, quoi, quand, où, témoins) plutôt que les jugements, et gardez tout au même endroit, dans l'ordre chronologique. Un journal tenu au fil des événements, avec des dates qui ne bougent pas, est presque toujours plus convaincant qu'un texte reconstitué six mois plus tard à partir de souvenirs.

Et posez-vous la question honnêtement avant d'appuyer sur « enregistrer » : est-ce que je documente un fait précis dont j'aurai besoin, ou est-ce que je surveille ? La première démarche se défend devant un tribunal. La seconde se retourne souvent contre celui qui la mène.

Les erreurs les plus fréquentes, et où obtenir un vrai avis

Voici ce qui fait perdre le plus de dossiers, ou ce qui transforme une preuve en problème.

  • Croire que « c'est légal » règle tout. La légalité au criminel, l'admissibilité en preuve et l'effet sur votre crédibilité sont trois choses différentes.
  • Laisser un appareil enregistrer une pièce en votre absence. Vous n'êtes plus partie à la conversation : vous quittez l'exception du consentement.
  • Ne garder que l'extrait qui vous arrange. C'est le meilleur moyen de faire naître un doute sur l'intégrité du fichier — et de perdre l'ensemble.
  • Convertir, recouper ou réexpédier le fichier plusieurs fois sans conserver l'original ni pouvoir expliquer les transferts.
  • Publier ou faire circuler l'enregistrement. Déposer une preuve devant un tribunal et diffuser un enregistrement sont deux gestes juridiquement très différents.
  • Faire parler un enfant pour obtenir une déclaration. Fréquemment reproché au parent qui le fait, même quand l'enregistrement est admis.
  • Enregistrer l'audience. Devant le TAL, tout enregistrement par les parties est interdit sans autorisation; le Tribunal enregistre lui-même et vous pouvez en demander copie.
  • Provoquer la conversation pour obtenir la réaction. Cela pèse directement sur la façon dont le tribunal apprécie votre motivation dans la mise en balance de l'article 2858.
  • Arriver avec un fichier inaudible, sans transcription, sans savoir sur quel appareil le faire écouter.
  • Attendre d'avoir « assez de preuves » pendant que le délai court. Un dossier imparfait déposé à temps vaut mieux qu'un dossier parfait devenu irrecevable.

Ce guide explique ce que dit la loi et comment les tribunaux du Québec traitent les enregistrements. Il ne peut pas vous dire quoi faire dans votre situation, ni si le tribunal acceptera votre fichier : cela dépend de faits que seule une personne qui examine votre dossier peut apprécier. Voici où obtenir un véritable avis.

  • Aide juridique — les services d'un avocat, gratuits sous les seuils de revenu fixés par la loi, ou moyennant une contribution de 100 $ à 800 $ au volet contributif. Les personnes qui reçoivent des prestations d'aide sociale ou de solidarité sociale sont automatiquement admissibles. Les barèmes sont indexés chaque année : vérifiez les seuils en vigueur sur le site officiel.
  • Centres de justice de proximité (Info Justice) — information juridique gratuite, en personne ou à distance, dans 15 centres régionaux au Québec. Ils informent et orientent; ils ne vous représentent pas devant les tribunaux.
  • JuridiQC — service du ministère de la Justice du Québec, avec de l'information et des outils pour les personnes qui agissent seules, notamment en séparation et divorce.
  • Éducaloi — information juridique vulgarisée, dans tous les domaines du droit québécois.
  • Le Barreau du Québec — service de référence pour trouver un avocat; plusieurs offrent une première consultation à tarif réduit.
  • SOS violence conjugale — 1 800 363-9010, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, confidentiel et gratuit.

Avertissement. Ce texte est de l'information juridique générale, pas un avis juridique. Il ne crée aucune relation avocat-client et ne remplace pas une consultation. La loi et la jurisprudence évoluent; les délais et les montants indiqués sont ceux vérifiés à la date de publication. Pour une question qui touche vos droits, consultez un avocat ou un notaire, ou l'une des ressources ci-dessus.

Preuve en main ne vous dira jamais s'il faut enregistrer, ni si votre fichier sera admis : cette décision vous appartient, et c'est une question d'avis juridique. Ce que l'application fait, c'est répondre à l'exigence pratique décrite plus haut — celle qui fait perdre le plus de dossiers. Vous notez chaque événement le jour même dans un journal daté; vous déposez le fichier audio d'origine dans le coffre à preuves, où il reçoit une empreinte numérique permettant de démontrer plus tard qu'il n'a pas été modifié depuis son dépôt; vous rattachez autour les messages, courriels, factures et rendez-vous qui donnent son sens à l'enregistrement. L'application construit ensuite la chronologie et un rapport prêt à déposer, dans l'ordre où un tribunal le lira. Vos données restent sur votre appareil. Documenter est gratuit pour toujours, jusqu'à 3 dossiers; les rapports, l'impression, les exports, la lecture de captures de conversation et la transcription d'enregistrements sont inclus dans l'adhésion. Commencer mon dossier.

Sources officielles (consultées le 30 juillet 2026)

Chaque affirmation de ce guide s'appuie sur une source officielle. Comment nous vérifions et corrigeons.

Ce guide est une information juridique générale sur le droit québécois, pas un avis sur votre situation. Les règles et les montants changent : vérifiez toujours à la source officielle. Pour une question précise, un avocat, l'aide juridique ou un centre de justice de proximité restent les références.